Le mag Brunette
Un web magazine professionnel
Je suis arrivée dans la coiffure en 2005, après quelques années en presse pro mode. Plus j’ai appris à connaître le secteur, plus je me suis rendu compte de la passion, de l’intelligence et de la générosité qui anime la grande majorité de ses acteurs (coiffeurs, formateurs, artistes…). Et plus j’ai regretté que ce marché ne bénéficie pas de la considération qu’il mérite, avec des bosseurs acharnés, chefs d’entreprise dans un pays qui ne les valorise pas, jamais économes ni de leur temps ni de leur écoute, des artisans au sens noble du terme.
Des artisans amoureux de leur métier, mais malheureusement pas assez outillés en termes de formation initiale, qu’il s’agisse de techniques adaptées au marché réel (comme le marché des cheveux bouclés, frisés, crépus, négligé pendant des décennies) ou de business (rentabilité des services, gestion d’une équipe...). Ils se forment sur le tas, au prix, parfois, de leur santé ou de celle de leur entreprise.
Après avoir travaillé au sein du magazine professionnel de référence L’Eclaireur, de 2005 à 2019, en contribuant à moderniser l’hebdo historique, en lançant un supplément magazine dédié aux tendances coiffure, et un concours de jeunes talents, en 2012, je suis partie après avoir fusionné les deux supports, dans un contexte de crise économique pour la presse papier, de chute vertigineuse de l’appétence pour la lecture, et de motivation un peu émoussée.
Proposer un support militant
J’avais envie de mettre mon énergie au service de l’information, mais aussi de la communication et de l’action autour d’un secteur professionnel très sous-estimé, voire caricaturé, même si les choses s’améliorent doucement. Un marché de services, de « l’intelligence de la main » mais aussi de l’intelligence tout court (humaine, mais aussi business) : tout le monde sait que la main est commandée… par la tête. Ne faisons pas semblant de l’oublier.
Le numéro un mondial de la franchise coiffure est un groupe français, Provalliance. Il a été fondé par un homme qui s’est fait tout seul. Lors des Olympiades des Métiers, désormais appelés Worldskills, tous les 4 ans (les J.O. de l’artisanat, en quelque sorte), les coiffeur(se)s français sont chaque année sur le podium, et très souvent avec la médaille d’or. Tout comme lors des grandes compétitions internationales de l’OMC (Organisation mondiale de la coiffure). Hors secteur professionnel, personne ne le sait…
A l’étranger, les coiffeurs français sont renommés. En France, ils sont parfois considérés comme des moins que rien. Alors qu’ils ont parfois créé leur entreprise à 20 ans, quand d’autres sont encore chez papa/maman… Qu’ils reboostent des femmes, et des hommes, en les écoutant et en leur redonnant confiance, et donc foi, en eux. Physiquement, mais pas seulement. Ce n’est pas rien, à l’heure où l’on « découvre » le sujet de la santé mentale. Sans parler des coiffeurs qui oeuvrent auprès des personnes malades, ou modestes…
Valoriser le métier et la filière
Bref : le 21 janvier 2020, j’ai mis en ligne mon web magazine professionnel Brunette sur brunette-coiffure.com. Dès le départ, et moins de deux mois avant le premier confinement, il s’agissait d’informer les pros tout en valorisant le métier. A savoir, mettre en place un support engagé, quasi militant, au service de la coiffure et de ses acteurs. En ne relayant, visuels à l’appui, que le plus beau, le plus fort et le plus innovant du métier.
Une actu qui assume de ne pas être exhaustive (d’autres magazines se chargent très bien des infos pros), et de relayer des coups de cœur, beaucoup d’événementiel, de collections coiffure, des points de vue tendance ou business. L’idée est aussi de valoriser la culture mode / beauté / photo / histoire du métier, à travers des papiers sur des expositions incontournables, ou des grands coiffeurs. On ne peut se plaindre d’être déconsidéré si on n’a aucune culture générale de son métier et de la beauté. Surtout face à des clientes souvent très informées, et culturellement au taquet…
Le confinement comme épreuve-test
En tout cas, à l’heure où les coiffeurs étaient subitement évacués du marché, considérés comme « non essentiels », les salons fermés jusqu’à nouvel ordre, les activités commerciales, événementielles et artistiques stoppées, je n’ai pas eu de mal, pourtant, à garder le lien avec des professionnels au chômage technique pour la première fois de leur vie. Des bosseurs acculés au repos…
Ils se sont rapidement épanchés sur les réseaux sociaux, ont commencé à réfléchir à leur valeur (ils manquaient à tellement de gens…), ont créé seuls ou avec les marques pro des formations et même des événements en ligne. Les sujets de débat n’ont pas manqué. Brunette a pu se faire une place, sur le web comme sur les réseaux, dans un paysage éditorial, alors, quasi désertique. Quelques mois cruciaux pour les coiffeurs, comme pour Brunette…