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Réouverture : les coulisses de l'exploit !

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Ça y est ! L’heure de la réouverture a sonné pour la grande majorité des coiffeurs – à l’exception de ceux situés dans les grands centres commerciaux restés fermés. Et ce, y compris dans les « zones rouges », comme l’lle-de-de-France et le Grand Est, ce qui valide de fait leur dimension assez essentielle, très vite révélée pendant le confinement. Les coiffeurs, qui par obligation se doivent d’être au plus près de leurs clients, pour leur couper les cheveux, et encore plus près, pour la barbe, ont donc eu l’autorisation d’ouvrir avant les restaurants et les cafés, dans lesquels, objectivement, clients et professionnels peuvent être plus facilement espacés.

C’est la confirmation officielle, par les pouvoirs publics, de leur rôle-clé dans la reprise économique : l’apparence, finalement, est cruciale à la fois dans l’espace social (difficile de reprendre le travail en ayant l’air négligé, côté cheveux) et sur le plan de l’estime de soi (ne plus ressembler à rien peut fortement nuire à sa capacité d’avancer). C’est un constat historique : les coiffeurs bénéficient aujourd’hui d’une cote de sympathie sans précédent, je l’ai déjà souligné dans plusieurs articles et éditos. C’est l’occasion, pour eux, de capitaliser sur leur valeur, enfin reconnue, et ce, sans arrière-pensée ou fausse modestie...

Une fréquentation digne de décembre

D’ailleurs, et comme prévu, la fréquentation a été au rendez-vous dès les premiers jours, une grande partie de coiffeurs affichant déjà complets pour plusieurs semaines : « Cela a bien été le boom attendu. C’était saisissant, comme un plongeon dans une piscine d’eau froide, confirme de façon imagée William Lepec, à la tête de deux salons W, l’un à Paris, l’autre à Stains, en Seine-Saint-Denis.

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Guillaume Fort © D.R.

« ça a été un tsunami ! Le lundi 11 mai, nous avons explosé notre record de chiffre d’affaires journalier historique », précise pour sa part Guillaume Fort, à la tête des deux salons Guillaume Fort pour l’Homme, à Perpignan et à Montpellier. Tous comparent la période à un mois de décembre, période la plus active de l’année pour les coiffeurs… mais en plus intense.

Mais des rendez-vous plus longs

Mais attention, tempère Jérôme Guézou, à la tête du salon Angel Studio (Paris 17ème) avec Sébastien Bafcop. « Pour respecter les règles de sécurité sanitaire, on a dû condamner un bac sur deux et un fauteuil sur deux. Si on est complet sur plusieurs semaines, c’est aussi parce qu’on étale les rendez-vous et qu’on respecte le protocole à mort ! » Tous les coiffeurs interrogés le confirment : pour respecter ce fameux protocole de sécurité sanitaire, il faut compter un service rallongé de 15 minutes (désinfection des outils, ce que faisaient déjà bon nombre de salons, mais aussi des fauteuils, tablettes, terminaux de carte bleue…).

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Dans le salon Guillaume Fort pour l'Homme, l'espace d'attente affiche clairement la nécessité de distanciation physique...

 

Et compter aussi, mécaniquement, un espacement de 15 minutes de plus, entre deux rendez-vous. Pour absorber le flux et compenser ce temps passé à désinfecter, bon nombre de salons ont décidé d’élargir leurs horaires, voire d’ouvrir le lundi. Un choix qui, pour la plupart, se doit d’être limité dans le temps. « J’ai fait deux semaines de 80 heures, mais maintenant, j’arrête », déclare Aline Legoupil, qui dirige deux salons Atmosph’hair dans le centre-ville de Caen.

Préserver ses forces

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Cathy Batit © Stéphane de Bourgies

« Nous avons fait 8h-21h sur 6 jours la première semaine, 8h-20h la deuxième semaine, déclare pour sa part Cathy Batit, à la tête, avec son mari, du salon Franck Batit à Firminy, dans la Loire. Mais nous allons essayer de revenir progressivement à des horaires normaux. Les clients s’habituent très vite et ce sont de mauvaises habitudes ! Et puis ça risque d’être compliqué de tenir ce rythme sur la durée. On voulait ouvrir le jeudi de l’Ascension, mais finalement on ne l’a pas fait. » Chez Guillaume Fort, après 3 semaines de 6 jours sur 7, avec ouverture le lundi, « on va essayer de reprendre le rythme habituel… »

Avec de tels rythmes, de telles contraintes, et surtout après deux mois d’arrêt d’activité, les coiffeurs pensent aussi à l’avenir, en effet. Et tous n’ont pas décidé d’ouvrir le lundi, ni les jours fériés : c’est une question très personnelle et propre aux capacités et perspectives économiques de chaque structure.

Un équilibre économique à retrouver

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Jérôme Guézou © D.R.

A ce titre, Jérôme Guézou assume par exemple un discours à contre-courant : « Concernant les jours d’ouverture et les horaires, je ne change rien, on ne travaille ‘’que’’ du mardi au samedi. Je n’ai pas envie de faire travailler mon équipe 6 jours sur 7 dans des conditions qui sont très difficiles. Et puis, à partir de maintenant, nous avons exactement les mêmes charges qu’avant, sauf que nous devons en plus rembourser notre emprunt dans l’année, et que notre chiffre d’affaires sera en diminution puisque les rendez-vous prennent plus de temps et sont plus espacés.

Je n’aurai pas les moyens de payer des heures supplémentaires à mes collaborateurs, même si elles sont défiscalisées. Surtout, après deux mois d’arrêt, je n’ai pas envie de griller toutes nos cartouches maintenant. Et puis on arrive aux périodes chaudes, le port du masque va être de plus en plus difficile. »

 

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Aline Legoupil © D.R.

Chez Atmosph’hair, Aline Legoupil a choisi de constituer deux équipes, une pour le matin, une pour l’après-midi, pour épargner ses collaborateurs et ne pas leur imposer des rythmes trop lourds dès la reprise. Il n’y aura pas d’heures supplémentaires, pour des chiffres d’affaires qui, globalement, restent « normaux ».  Elle constate : « En 3 jours, tout le monde a intégré le nouveau parcours client et les automatismes de nettoyage. La seule chose compliquée, sur la durée, c’est le port du masque. »

Des équipes au taquet

Du coup, que les pics horaires soient ponctuels, aménagés ou évités, force est de constater qu’ils n’ont pas réussi à gâcher l’ambiance de travail ni le plaisir, pour les équipes, de se retrouver. Pour les coiffeurs interrogés, en tout cas. Les équipes sont très heureuses de reprendre, et ce sentiment est plus fort que les nouvelles contraintes qu’elles ont dû intégrer -port du masque obligatoire, mise en place de protocoles de sécurité sanitaire hyper rigoureux dans la plupart des salons…

 

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William Lepec © Patrice Guyard

Il faut dire aussi que les patrons de salons ont pour la plupart entretenu et même renforcé le lien avec elles, pendant le confinement, en restant en contact par visio-conférences ou téléphone, entre apéros virtuels pour la convivialité, et communication sur les contraintes de cette reprise très particulière. « Nous avons entretenu le lien avec les équipes, confirme William Lepec. C’était une période tellement inédite, personne n’a réagi de la même façon, cela a été un moment d’ "émotions augmentées", certains ont eu très peur, d’autres moins…

Je voulais aussi savoir si je pourrais compter sur mes collaborateurs, lors la reprise. J’ai demandé s’il y aurait des volontaires pour la mise en place de tout le protocole, le lundi 11 : tout le monde a répondu présent. »

Le difficile port du masque en continu

Mais pour les équipes, la gestion des contraintes sanitaires, intégrées par professionnalisme, n’a pas forcément été simple. Le masque, surtout sur des journées à rallonge de type 8h-21h – ou plus – est le plus difficile à supporter même si, là encore, de l’avis des 5 salons interrogés, « personne n’a râlé », ni tenté de s’y soustraire, chacun étant bien conscient que c’était la condition de la réouverture.

« Au bout d’une heure, ça gratte, ça donne soif, résume Aline Legoupil. Certains ont des maux de tête, et cela a déclenché des allergies, chez une de mes collaboratrices. » Vu ses horaires de reprise (8h30 – 20h), elle a décidé, comme on l’a vu, de mettre en place une équipe pour le matin, et une autre pour l’après-midi, histoire de ne pas éreinter ses collaborateurs. 

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Aline Legoupil, du salon Atmosph'hair, en pleine pause "zen"... et avec son équipe, sur la photo d'ouverture de l'article.

 

Chez Cathy Batit, où les deux premières semaines se sont déroulées avec des horaires très élargis, on a opté pour les masques chirurgicaux, plus confortables, moins chauds, et qui font moins mal derrière les oreilles. Pour Jérôme Guézou, le masque pose un problème « professionnel et esthétique ». Comme ses collègues, il souligne qu’il est difficile à supporter, sur des périodes de travail longues.

 

Travailler la voix et le regard

Et puis, il a du mal à regarder ses clientes masquées. « ça me fait de la peine ; ça me frustre. Et ça peut m’amener à confondre des gens, lâche-t-il, avec humour et honnêteté. On fait quand même un métier de beauté, on a besoin de voir l’intégralité d’un visage. Ça me bloque un peu. »

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Au salon Angel Studio, comme dans 99% des salons français, on respecte l'obligation de porter un masque -côté coiffeurs comme côté clients.

 

William Lepec le rejoint sur cette frustration, sur le plan humain. Dans son salon où il a imposé masque et lunettes, il souligne : « On ne voit pas les visages sourire. On ne voit pas bien les yeux, non plus. Mais un sourire, ça s’entend. J’amène mes équipes à travailler la musicalité de leurs propos. On peut entendre qu’on est joyeux. On en profite aussi pour essayer de remettre dans le chemin du respect des règles, si nécessaire, avec délicatesse. Et on n’hésite pas à rappeler que ces contraintes sont imposées par l’Etat, que nous les subissons aussi. »

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Au salon W, à Paris, des équipements individuels à usage unique pour chaque poste de travail.

Des clients ravis et reconnaissants

Côté clients, peu de mauvais coucheurs, voire pas du tout, pour les coiffeurs interrogés. Mais des femmes et des hommes ravis de les retrouver. « C’est la dimension fantastique de cette reprise, souligne Jérôme Guézou. Les clientes nous ont apporté des chocolats, nous ont fait des déclarations, du type : ‘’Je suis tellement heureuse de vous retrouver ! Je ne vous l’ai jamais dit, mais… je vous aime !’’ »

Ou, à Aline Legoupil : « Aline, je suis trop contente ! On se sent en sécurité chez vous, je suis venue les yeux fermés ! » Et, en effet, dans ces salons en tout cas, très peu d’entorses aux nouvelles règles, côté clients, et des réserves vite levées, avec diplomatie. « Mes clientes attendent dehors que je leur demande d'entrer, et demandent à lire les consignes ! », souligne Jérôme Guézou, impressionné.

 

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Au salon Guillaume Fort pour l'Homme, on a matérialisé le nouveau parcours client par des flèches au sol et même par un panneau… Stop !

Guillaume Fort, lui, a même poussé le professionnalisme jusqu'à réaliser une petite vidéo ludique, inspirée des films muets, à l'usage des clients mais aussi des équipes, afin d'expliquer le nouveau parcours client. « On évite de se croiser, il y a même un Stop, si le passage est encombré… » Et tout le monde le respecte.

« Les clientes étaient contentes de nous retrouver, et elles étaient plutôt rassurées par la mise en place du protocole et des gestes barrières », précise Cathy Batit. Un état de grâce à entretenir et à prolonger...

Voir aussi  Réouverture : urgences et tendances capillaires

27/05/20

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