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Murielle Kabile : les masques solidaires

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C’est en demandant à son compagnon d’acheter des masques de protection à la pharmacie, au tout début du confinement, que Murielle Kabile a pris la mesure du problème dans notre pays : l’incroyable pénurie de masques, et l’obligation, pour les pharmacies, de les garder pour le personnel soignant et les médecins.

Couturière de formation, cette hair designer, bien connue pour sa valorisation du cheveu crépu (perruques afro pleines de fantaisie, pièces vestimentaires uniques utilisant la matière cheveu…) a alors tout simplement décidé de confectionner deux masques en tissu, pour que son ami et elle puissent se protéger et protéger les autres, « par conviction personnelle » et par un réflexe de bon sens élémentaire. Rappelons qu’à l’époque, on nous martelait que les masques non professionnels ne servaient à rien, tandis qu’il fallait laisser les autres au personnel soignant et qu’on pouvait de toute façon s’en passer…

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Les masques design griffés C'est dans l'Hair du Temps

Des masques pour sauver des entreprises

Après avoir partagé sa démarche sur les réseaux sociaux, Murielle est contactée par une société travaillant dans l’agro-alimentaire, dans le Sud-ouest qui, faute de masques, allait devoir arrêter son activité. Elle accepte de leur en fabriquer 150, de manière artisanale, chez elle.

Une deuxième société la contacte, elle réalise à quel point cette pénurie de masques peut aggraver la situation économique en forçant des entreprises à stopper leur activité. Elle utilise alors le stock de tissus qu’elle gardait pour sa marque de prêt-à-porter Dans l’Hair du Temps pour confectionner ces précieux masques : du coton bazin, jean et wax.

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La société Cancel Fruits, à Castelsarrasin (100 salariés) a pu continuer à produire et distribuer des fruits grâce aux masques de Murielle Kabile.

 

Elle rachète du tissu, des élastiques, elle fait des recherches sur Internet pour utiliser les matières adéquates et proposer des produits vraiment protecteurs. Elle en conclut qu’il faut utiliser du coton, avec une doublure en molleton. Elle crée aussi des masques avec ouverture, pour y glisser des filtres, pour les utilisations plus intensives (et conseille d’y glisser des lingettes Demak’Up ou Swiffer). Elle distribue gratuitement au personnel hospitalier, tous les soirs à partir du 26 mars, des masques avec ouverture (pour les filtres).

Un grand élan de solidarité

Elle crée un groupe Facebook solidaire, solidarité masques artisanaux /covid19, qui permet de fédérer les demandes, mais aussi de recenser ceux qui veulent aider, sans savoir coudre. A ceux qui lui donnent du tissu, des élastiques, elle propose deux masques offerts pour un acheté, afin de rétribuer leur contribution au vaste mouvement de solidarité qu’elle est en train de lancer.

Elle généralise cette opération de solidarité, afin que ceux qui achètent un masque (vendu 15 euros, juste de quoi couvrir ses frais de matière première, aucun bénéfice) puissent redistribuer autour d’eux, à ceux qui ont cruellement besoin, les masques auxquels ils ne peuvent avoir accès (personnel soignant, caissières…). Elle sollicite tous ceux qui sont couturiers, autour d’elle.

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Submergée par la demande

Très vite, cependant, la machine s’emballe. Murielle coud du matin jusqu’à minuit, et ne peut satisfaire toute la demande. Certains commencent à demander des masques gratuits pour leur famille, leurs proches, alors qu’elle essaye de subvenir aux besoins de première nécessité des personnes très exposées qui ne sont pas équipées du fait de la pénurie de masques. Elle frôle l’implosion.

« A partir de là, j’ai décidé de mettre mes masques en vente sur mon site muriellekabile.com, et d’arrêter l’opération de solidarité. Mais je pense avoir contribué à la prise de conscience et à la production de masques, en sollicitant des gens autour de moi, en partageant un tuto de fabrication de masque. J’y ai engagé pas mal de ressources personnelles et surtout, je n’ai rien lâché, alors que certains me disaient ‘’ça ne sert à rien’’.

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Aujourd’hui les masques vont sans doute être obligatoires dès la sortie du confinement, et notamment dans les entreprises. On admet que les masques non professionnels peuvent être utiles. On constate que toutes les grandes marques de luxe se sont mises à produire des masques. Ça a été une belle cause. »

Embauches et création d’emploi

Murielle Kabile a-t-elle décidé d’arrêter pour autant ? Pas du tout. Elle est juste passée à un mode de production plus rationnel, et à plus grande échelle. « Avec mon associé, nous avons utilisé notre société de design et d’événementiel, AKM Design Evolution, pour embaucher des couturières à Toulouse. Elles travaillent de chez elles, pour des sociétés qui ont passé commande en vue de la reprise et de l’obligation probable de porter des masques. Ça crée de l’emploi, tout en répondant à une demande que je ne pourrai pas satisfaire seule. »

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Pour autant, elle continue elle-même de fabriquer des masques, tous les jours. « J’ai pris le pli, dit-elle avec humour. Je le fais pour le plaisir. Ce sont des masques design, griffés L’Hair du Temps, destinés au grand public et commercialisés sur mon site. » Elle renoue ainsi avec sa démarche originelle, quand elle pensait « que le confinement ne durerait que deux semaines ! » Et concilie engagement et création.

15/04/20

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