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Mulet : le retour en grâce ?

(Photo de couverture : Cathy Batit  © Stéphane de Bourgies)

 

Subitement hype ou éternellement ringard, le mulet ? Depuis plusieurs mois déjà, le débat fait rage. Mais depuis plusieurs semaines, il s’intensifie. De nouveau sous le feu des projecteurs après une longue traversée du désert (entrecoupée de brefs retours en grâce, en 2003 sur l’actrice Scarlett Johansson, en 2013 sur Rihanna, en 2016 sur Zendaya), cette coupe de caractère a de nouveau été vue sur quelques stars audacieuses, depuis la fin 2020, comme la chanteuse Miley Cyrus, l’incontournable caméléon capillaire Rihanna (une nouvelle fois !), ou encore, en France, la chanteuse Christine and the Queens.

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Christine and the Queens © Getty Images 

 

Bon nombre de coiffeurs, ravis et stimulés par le défi, sans doute, s’y remettent ou ressortent leurs photos d’archives, tandis que la presse féminine ou les sites web commentent, non sans ironie, et à grand renfort de clichés caricaturaux, ce retour de la « ringarditude », autour des photos repoussoirs du tennisman André Agassi, au début des années 90, ou des footballeurs anglais ou est-allemands des années 80 (nombre d’acteurs, comme Brad Pitt, Patrick Swayze ou Richard Dean Anderson - alias MacGyver -, se sont également perdus un temps dans cette tendance dangereuse pour le sex-appeal…).

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Le tennisman André Agassi, fin des années 80/début des années 90, et sa coupe mulet mythique. Il a fini par avouer que c'était un postiche...  © D.R.

 

La vérité, comme toujours, se situe sans doute entre les deux, et loin des excès. Le mulet dont on parle aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec sa version originale, et encore moins avec sa version « dégénérée », mèches décolorées et effets « queue de rat ».

Le soft mulet, ou la version élégante

Non, le Soft-Serve Mullet, comme disent les Anglo-saxons, s’il joue encore sur la différence des longueurs, entre le sommet de la tête et la nuque, a fortement revu sa copie. Tout ça est désormais très atténué, et plus près du shag, comme me l’avaient déjà confié les coiffeurs interrogés dans mon article : « 2021, le grand retour du court ? » 

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Miley Cyrus © Getty Images

 

« Concernant le mulet, c’est à la Miley Cyrus : on est plus entre un shag très poussé et un mulet, notait ainsi Pierre Ginsburg (salon Olab) dans cet article. Il n’est pas nécessairement hyper court sur les côtés et très long derrière, c’est atténué, plus moderne, plus élégant. »

Plus doux, plus élégant, ce néo-mulet peut même tirer vers le glamour, et cultive dans tous les cas un vrai style, une vraie patte, une signature capillaire. Comme un juste retour des choses, un de ces retours en grâce dont la mode a le secret, une réhabilitation rendue possible par un nouveau regard, celui d’une génération qui n’a pas connu le mulet « hard » (ou même « hard rock », tiens…).

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Paul Stafford pour Denman Brush Hair (ancienne collection)  © Lee Mitchell

 

Moins de contrastes, et des couleurs franches

Des versions aux longueurs certes déconnectées, mais souvent plus courtes qu’habituellement dans la nuque, faciles à vivre et même plutôt flatteuses, et à décliner avec plus ou moins de volume, comme un shag un poil plus osé. Ou bien des versions qui cultivent encore, au contraire, un vrai décalage des longueurs, mais avec dans ce cas un vrai parti pris stylistique et des couleurs tranchées, plutôt monochromes.

A l’instar de l’interprétation très glamour de Cathy Batit, en 2020 (en ouverture de cet article), en mode ultra lisse et blond polaire, ou encore de celle de Maniatis, dès 2014, cuivrée, coiffée-décoiffée, ultra chic (ci-dessous).

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Maniatis Paris, collection 2014 © Laurent Darmon

 

Car le mulet, il faut le rappeler, n'est pas tout de suite tombé dans le mauvais goût. Il a eu sa période radicale, et culte, immortalisée par l’inoubliable et incandescent personnage de Ziggy Stardust, inventé par David Bowie, pour son album de 1972, puis par la mythique Patti Smith.

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Ziggy Stardust alias David Bowie (album de 1972) © D.R.

 

Corps longilignes, looks androgynes et crinières audacieuses, les chanteurs et musiciens des années 70 avaient ressuscité une coupe née il y a bien longtemps (les guerriers hittites, semble-t-il, la portaient déjà au XVIème siècle avant J.C.). Jane Fonda, actrice et militante, en avait aussi proposé une version engagée et sexy (beaucoup plus que celle qu’elle retente aujourd’hui, en couverture du numéro d’avril du Harper’s Bazaar, qui la durcit).

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L'actrice et activiste Jane Fonda en 1971 © Getty Images

 

Bref, le mulet pourrait aujourd’hui vraiment regagner ses lettres de noblesse, en version pointue ou très prêt-à-porter. La balle est dans notre camp : il suffit d’y croire… et d’éviter les dérapages qui le renverraient illico à ses mauvais démons.
12/04/21

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