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Les Coiffeurs Justes au secours de l'île Maurice

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Contacté directement par une association mauricienne de défense de l’environnement, alors que la marée noire commençait à souiller les eaux paradisiaques de l’île, le coiffeur varois Thierry Gras n’a pas tardé à réagir. Alors que le MV Wakashio, le navire japonais sous pavillon panaméen qui avait heurté un récif à la pointe d’Esny, au sud-est de l’île, s’était échoué depuis déjà 12 jours, qu’il menaçait de se casser en deux et de provoquer une catastrophe écologique encore plus grave, et que l’Etat mauricien semblait impuissant, ce sont les habitants de l’île eux-mêmes qui ont pris les choses en main.

Le navire, dont une grande partie des hydrocarbures a finalement pu être pompée (il contenait 3800 tonnes de fioul et 200 tonnes de diesel), a tout de même déversé 1000 tonnes de fioul dans un site exceptionnel, avant de se briser le 15 août dernier, menaçant de libérer 100 tonnes de fioul supplémentaire. L’île Maurice possède les plus beaux récifs coralliens du monde et une faune rare. Et la pêche est l’activité principale des Mauriciens…

Des cheveux comme filtres à hydrocarbures

Thierry Gras, fondateur de l’association Coiffeurs Justes et coiffeur à Saint-Zacharie, martèle depuis des années que les chutes des cheveux coupés dans les salons de coiffure peuvent être récupérés et recyclés de différentes manières, et notamment, qu’ils peuvent servir, tassés dans des sortes de boudins, à absorber littéralement les hydrocarbures en cas de marée noire : 1 kg de cheveux peut pomper 8 litres de pétrole !

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« Les cheveux ont déjà été utilisés de cette façon en 1978 lors du naufrage de l’Amoco Cadiz au large du Finistère. Le cheveu est une matière qui a un potentiel énorme, mais pour des raisons historiques liées à la Seconde Guerre mondiale, qui ont créé un tabou, on l’a un peu oublié. »

Un tuto pour fabriquer les boudins "éponges"

Et de poursuivre : « J’ai été contacté spontanément car on commence à parler de Coiffeurs Justes à travers le monde, notamment grâce à un reportage qu’avait fait France 24. Il s’agissait justement de montrer comment on peut utiliser les cheveux comme filtres à hydrocarbures. J’ai pu envoyer cette vidéo aux Mauriciens pour qu’ils puissent commencer eux-mêmes à fabriquer, avec leurs propres chutes de cheveux, des filtres pour absorber le pétrole. » D’où un élan de solidarité local, qui s’est manifesté par un afflux dans les salons… pour aller se faire couper les cheveux !

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De façon encore plus concrète, Thierry a décidé de donner aux Mauriciens la moitié du stock de cheveux de Coiffeurs Justes, soit 20 tonnes de « déchets », propres (les cheveux sont toujours coupés après un shampooing) et directement utilisables.

Un don de 20 tonnes de chutes de cheveux

« C’est un stock que nous avions constitué depuis 6 mois, donc avant l’épidémie du Covid-19, et qui était conservé dans des sacs en papier. Je ne pouvais en revanche pas expédier ces 20 tonnes à l’île Maurice à mes frais, mais l’ONG Octop’Us a décidé de s’en charger. J’ai pris contact avec l’ambassadeur de France à l’île Maurice, l’ambassadeur de l’ïle Maurice à Paris. Aujourd’hui, tous les papiers sont prêts, mais on attend encore l’autorisation formelle de l’ïle Maurice pour faire décoller l’avion. »

Philosophe, Thierry Gras résume simplement : « On a fait tout ce qu’il fallait, on attend depuis deux semaines, on va voir. C’est le problème éternel : avec Internet on peut tout savoir très vite, agir très rapidement, mais il peut toujours y avoir des freins d’ordre administratif ensuite. » Confiant, il exhorte les coiffeurs à continuer de recycler leurs cheveux et, tant qu’à faire, à adhérer à Coiffeurs Justes : 25 euros d’adhésion à l’année, plus le coût des sacs en papier (1 euro pièce, 1 par mois) pour la récolte mensuelle des chutes de cheveux (tout ceci étant défiscalisable).

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Pas grand-chose, au final, pour contribuer à un grand mouvement de préservation de l’environnement qui s’inscrit dans une économie circulaire, pragmatique. Que ce soit à l’île Maurice ou ailleurs, malheureusement « oui, il y en aura d'autres, des marées noires, confirme le coiffeur. Et puis les cheveux peuvent aussi être utilisés, en France, de multiples façons : comme dépolluant des eaux dans les ports, les rivières, les bassins de rétention des autoroutes, les stations d’épuration, comme renforçateur dans le béton, comme fertilisant pour les cultures hors sol… »

Des accords avec plusieurs marques professionnelles

De nombreuses marques professionnelles ont déjà signé des accords avec Coiffeurs Justes pour offrir les fameux sacs en papier : Jacques Seban, partenaire de la première heure, puis Davines, Revlon Professional, Wella, Belma Kosmetik, Schwarzkopf Professional… Coiffeurs Justes compte aujourd’hui 3300 adhérents en France (contre 100 l’été dernier !) et, depuis la catastrophe à l’île Maurice, les demandes affluent, car les coiffeurs ont manifestement envie d’agir. Le réseau des Coiffeurs Justes essaime aussi en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, au Canada, en Allemagne, au Portugal…

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« Mon objectif serait bien sûr que les 80 000 salons français adhèrent, avance, souriant, Thierry Gras. En retour, les adhérents reçoivent un autocollant à poser sur leur vitrine, sont référencés sur notre site, et beaucoup constatent que ça leur attire de nouveaux clients. » Car ce n’est pas le but premier, mais les retombées, en matière de com’, sont plus que significatives. « A travers cette association, j’ai eu envie de mettre les coiffeurs en valeur. Aujourd’hui, ils peuvent aussi être des ‘’dépollueurs’’. » Et agir concrètement, comme ils savent si bien le faire.

Pour en savoir plus :

L'association Coiffeurs Justes
Vidéo France 3
Article Sciences et Avenir
Article France Info
19/08/20

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