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Grande expo Chanel au palais Galliera

Cela paraît inouï, mais c’est la première rétrospective consacrée en France à Chanel, couturière iconoclaste connue dans le monde entier. Une légende, un mythe, bien souvent résumé par son surnom, « Coco », quelques pièces-clés - l’emblématique « tailleur », le « N°5 », célébré par Marilyn Monroe…

Une vie décortiquée dans les films et la centaine de biographies qui lui ont été consacrées, le souffle de la liberté, de l’anticonformisme et de l’émancipation féminine, troublé par quelques vapeurs de soufre dues à son comportement controversé pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Portrait de Chanel par André Kertész (Années 30) © Ministère de la Culture – Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / André Kertész

 

Bref, autant on connaît ou croit connaître « Coco », son enfance à l’orphelinat, ses premiers pas comme chanteuse de café-concert -qui lui valent son fameux surnom-, ses débuts comme modiste, ses amours, ses lieux fétiches -Deauville, Biarritz, Venise…-, ses intuitions et ses fulgurances, autant, finalement, on connaît peu Gabrielle, la bosseuse, sa technique si précise et si étudiée, son rapport au vêtement.

A la découverte de Gabrielle et de son travail

C’est pourquoi cette expo du palais Galliera, ouverte depuis le 1er octobre et programmée jusqu’au 14 mars 2021, est si indispensable. Le musée, qui a rouvert après deux années de travaux et une extension conséquente, se propose d’explorer le style et l’attitude Chanel en revenant sur ses pièces phares, leur genèse, la vision que cela sous-tend. Bref en se concentrant sur Gabrielle, son « manifeste », autant dire son « programme » pour les femmes, plutôt que sur Coco et les discussions infinies autour de sa vie.

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© Pierre Antoine

 

Le style Chanel, on le sait, c’est l’art de souligner et de rendre possible le mouvement, à l’heure où les femmes sont encore engoncées dans des corsets, parées de plumes, entravées et hautement « décorées ». Elle simplifie tout ça, elle épure, et ouvre ainsi la porte à la modernité et à l’émancipation. Avec son contemporain Paul Poiret et d’autres couturiers français, elle débarrasse les femmes du corset. Elle s’aligne sur la liberté de mouvement des hommes, emprunte ses codes à leurs vêtements, aux tenues de sport, et propose les premières pièces « sportswear » féminines.

Parcourir le monde à grandes enjambées

La marinière en soie de 1916, c’est déjà une petite révolution, tout comme ses jupes ou ses robes qui permettent -enfin- de parcourir le monde à grandes enjambées, ou encore ses blouses que l’on boutonne par-devant -et donc sans l’aide d’un homme. Confort et simplicité sont ses valeurs fortes, qui n’empêchent en rien la sophistication ni l’élégance, comme le démontrent ses robes du soir des années 20 et 30.

Si sa maison de couture ferme pendant la Seconde Guerre mondiale, elle revient encore plus fort en 1954 (à 71 ans !) et, toujours, à contre-courant. Les couturiers de l’époque sont Jacques Fath, Pierre Balmain et surtout Christian Dior.

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Marie-Hélène Arnaud en tailleur Chanel, par Henry Clarke (Vogue US, mars 1958) © Henry Clarke, Musée Galliera / Adagp, Paris 2020

 

Lequel, avec son fameux tailleur « Bar » à la taille marquée, met en avant une vision de la femme-fleur très classique, finalement. Le « New Look » de Dior, c’est un retour à une esthétique « corsetée »… Chanel prend le contrepied avec sa version à elle du tailleur, qu’elle appelle d’ailleurs « costume », comme le rappelle à juste titre le magazine « Elle ».

Une panoplie de travail et de vie qui doit pouvoir être l’équivalent de celle des hommes, et accompagner les femmes, une nouvelle fois, tout en souplesse. Son tailleur en tweed dévoile les poignets, libère la marche : s’il est devenu synonyme d’élégance, c’est par son souci du confort et du naturel, très français, très moderne.

Un style moderne, chic et désinvolte

« Le confort, le naturel, la liberté des mouvements, ces notions n'étaient pas dans la Haute Couture avant elle », résume ainsi Miren Arzalluz, commissaire de l’exposition. Une expo qui occupe 1500 m² et dévoile 350 pièces issues de musées internationaux, de la maison Chanel, autour du vêtement comme des accessoires (chaussures, maroquinerie, parfums, joaillerie…).

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Anne Sainte Marie en tailleur Chanel, par Henry Clarke (Vogue UK, octobre 1955) © Henry Clarke, Musée Galliera / Adagp, Paris 2020
 

De quoi s’en mettre plein les mirettes, redécouvrir une créatrice culte, et comprendre pourquoi sa mode, élégante et désinvolte, a préfiguré la modernité : le mélange des genres, du chic et du sportswear, des pièces de luxe et du vestiaire ordinaire, les jeux de décalage… L’impertinence, la liberté et la personnalisation dans la mode, c’est tout Chanel, finalement.

Gabrielle Chanel. Manifeste de mode
Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, 10, avenue Pierre-1er-de-Serbie (Paris 16ème)
Jusqu'au 14 mars 2021.
 
 

 

14/10/20

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