Expo : Marilyn en majesté...
La star des stars est réhabilitée en tant qu'actrice et femme engagée à travers une expo superbe, à la Cinémathèque française (Paris 12ème). Derrière la silhouette mythique et les boucles platine, une vraie rebelle contre un système qui l’a broyée…
« Marilyn est la plus belle image que j’aie jamais vue sur un écran. » Le compliment est signé… Catherine Deneuve, grande fan de l’actrice. Il pourrait être le mien aussi, avec moins d’impact... (!) Ou celui de millions d’admirateurs à travers le monde, jeunes et moins jeunes, 64 ans après sa mort, et 100 ans après sa naissance, le 1er juin 1926. C’est en effet ce centenaire qui est commémoré par cette splendide rétrospective. Ces millions d’admirateurs ne connaissent guère les films de Marilyn, bien souvent – lesquels ne sont pas tous des chefs-d’œuvre. C’est surtout la femme, qui irradiait de beauté, de fraîcheur et de spontanéité, qui les a séduits.
Réhabilitation de l'actrice
Et c’est justement à une vaste et profonde entreprise de réhabilitation que se livre la Cinémathèque Française, jusqu’au 26 juillet, à travers extraits de films, photos, interviews, vidéos d’époque, vêtements et accessoires iconiques ayant appartenu à Marilyn. Un travail passionnant, qui permet de découvrir plein de choses sur cette star inoubliable… même quand on connaît déjà bien son parcours.

Et qui est aussi l’occasion de (re)découvrir ses films, car la Cinémathèque est aussi un cinéma ! Et le sex-symbol était aussi… une excellente actrice, bien mieux valorisée dans ses derniers films, mais aussi dans « Bus Stop ». Un cycle de films et de conférences est ainsi proposé, pour les plus mordus, du 8 avril au 24 mai.
La construction d'un sex-symbol
Comment la jolie pin-up aux cheveux châtain Norma Jean Baker est-elle devenue cette icône aux boucles blond platine, Marilyn Monroe, forgée de toutes pièces par les studios hollywoodiens ?

L’expo suit un fil chronologique, évoquant bien sûr la transformation de la « brunette » en blonde atomique, et des appareils de coiffure prêtés par Wella Professionals (casque chauffant de 1960, appareils à permanente de 1940 et 1952) ponctuent le parcours, rappelant à quel point la décoloration et les boucles étaient un phénomène de mode à l’époque.


Une femme en quête de liberté
Comment l’actrice s'est-elle rebellée contre ces studios qui en avaient fait leur créature, une « ravissante idiote » ultra sexy mais tout en candeur... ? Mais aussi contre un système entier qui muselait et soumettait les femmes ? Pour rappel, le contrat durait 7 ans, pendant lesquels la star modelée par les studios leur appartenait… corps et âme.

Soutien indéfectible de la divine chanteuse noire Ella Fitzgerald à l'heure où la ségrégation faisait encore rage aux Etats-Unis, pin-up en mission réconfort pour les GIs sur le front en Corée, lanceuse d'alerte sur les prédateurs auxquels elle a dû faire face dans le monde du cinéma (avec 60 ans d'avance), rebelle en cours d'émancipation quand elle renégocie son contrat avec la Fox ou quand elle crée sa propre société de production, histoire de proposer des films plus profonds et plus ambitieux : la très voluptueuse Marilyn était aussi un danger pour le système hollywoodien.

Lequel traitait ses actrices comme de la chair à fantasmes et les payait une bouchée de pain. Marilyn était ainsi souvent payée 2 à 3 fois moins que ses partenaires masculins, même lorsqu’elle était bien plus connue qu’eux… C’est probablement son authenticité et sa fierté qui l’ont sauvée de la vulgarité. Elle a été utilisée pour contrer la censure instaurée à l’époque, et aussi dans la grande surenchère érotico-soft qui sévissait entre le cinéma des années 50 et la télévision naissante, aux Etats-Unis.
Exposition, films, et livre à venir, en mai, co-écrit par Catherine Deneuve, justement : de multiples occasions de redécouvrir cette femme sensible et intelligente, subtile actrice en quête de dépassement et de sens, et pionnière dans bien des domaines. La quintessence de la blonde, la plus discriminée, aussi…