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Edito : Coiffeur ? Un métier d'avenir !

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Je me remets aux Editos. En commençant par l'essentiel, il me semble, mais que j'ai jusqu'ici peu entendu : la coiffure est un métier d'avenir. Explications.

J’ai récemment reposté des photos sublimes de créations coiffure pour un défilé Haute Couture de 1997, sur Instagram. Un échange a suivi, à partir des commentaires. Et cet échange m’a donné envie d’approfondir. J’ai lancé le web magazine Brunette, le 21 janvier 2020, avec l’idée d’informer les coiffeurs tout en faisant rayonner leur magnifique profession. 

 

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Et en me concentrant sur le plus beau du métier. L’idée de (re)valoriser le métier, une priorité que tout le monde a bien en tête aujourd’hui  et pour laquelle le secteur a commencé à prendre des initiatives, figurait dans mon édito et mon positionnement dès janvier 2020.

Rebooster la filière et la confiance des pros

Alors, bien sûr, il faut faire revenir les élèves dans la filière. Il faut valoriser le travail des professionnels, qu’ils exercent en salon, en espace de co-working ou en free lance. Sans fausse rivalité si possible. Le niveau d’un coiffeur ne dépend pas de l’endroit où il travaille. Il faut marteler que c’est un savoir-faire spécifique. Qui ne s’improvise pas, qui repose sur une formation continue, indispensable, tant les innovations techniques se succèdent.  Re-dire aux coiffeurs que ce n’est pas « mal » de vendre des produits professionnels (j’y reviendrai dans un autre édito). Qu’ils sont les seuls spécialistes des cheveux, ce que ne sont, jusqu’à nouvel ordre, ni les pharmaciens, ni les parfumeurs, ni encore moins les e-shops.

 

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Que le prix ne fait pas tout, ou plus précisément, qu’il traduit un niveau de qualité (de prestation, de produit)… et aussi leur niveau de confiance en eux. Que, sans doute, les jeunes coiffeurs ont changé, qu’ils ne sont pas tous hyper motivés, mais qu’il ne faut pas abandonner, qu’ils ont aussi de nouvelles qualités. Que la voie de l’apprentissage, sur laquelle on fait une campagne nationale à peu près tous les 3 ans, n’est toujours pas valorisée en France, ce qui est gravissime à l’heure où quasi tout le monde a désormais le bac général avec un niveau global d’instruction qui ne cesse de décliner. Bref.

Un métier exceptionnel et irremplaçable

Il faut faire passer le message que le métier de coiffeur est exceptionnel. Un métier artisanal reposant sur une compétence que l’IA aura du mal à remplacer. Et ce d’autant moins qu’il s’agit d’une compétence à la fois technique, mais également humaine et psychologique. Sans parler de la dimension artistique, de l'inspiration, de l'éventuelle gestion de l'équipe... 

 

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Bonne chance, donc, ChatGPT, Co-Pilot, Claude et tutti quanti. La coiffure, OUI, c’est dingue, mais c’est ce qu’on pourrait appeler un métier d’AVENIR.  Contrairement aux médecins, voire aux profs (d’autant que leur niveau décline également…), aux comptables, aux photographes (quelle tristesse)… Mais comme tout un tas d’autres métiers d’artisanat, en revanche.

Des politiques hors sol... et hors salon

C’est un message que je n’ai jusqu’ici jamais entendu de la part des politiques, qui sont sur ce sujet complètement à côté de la plaque.  A croire qu’ils ne vont jamais chez le coiffeur (pas encore assez de femmes au Parlement, visiblement, ou trop « idéologisées »…). Qu’ils n’achètent pas de pain chez le boulanger, ni de viande chez le boucher (probablement, aussi, un autre métier d’avenir, et je le dis très sérieusement).

 

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Non seulement cela fait des décennies que l’on méprise la filière de l’apprentissage, et de l'artisanat, aveuglés que nous sommes par des élites hors sol, mais encore ce mépris pourrait être aujourd’hui une grave négligence, et quasi une faute, concernant l’avenir et les perspectives d’emploi de notre pays. Il est temps d’anticiper, un peu. De parler aux vrais gens, à la vraie société. Les craintes sur l’IA ne sont pas de l’ordre du fantasme.

Moins d'humains, plus de besoin de proximité 

L’IA nous servira à nous délester des tâches répétitives et sans valeur ajoutée. Reste à mettre en lumière celles qui seront difficiles à remplacer. Parce que, plus on se reposera sur des logiciels, plus on raccourcira les étapes, moins on aura d’échanges. Et moins on aura d’échanges, de rencontres et de partage d’expérience… plus on en aura besoin. Comme lors de l'épisode Covid, rappelez-vous. La formation en ligne est née (et même les événements en ligne…) mais ils n’ont pas supprimé la formation, cruciale, en présentiel, ni les événements, irremplaçables, « en live ». « L’homme est un animal social », dit-on (Aristote).

 

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Nous nous adapterons, puisqu’il le faut. Mais certains métiers risquent de subir une vraie épuration, tandis que d’autres, non. Alors, la gauche, globalement à côté de ses baskets en termes d’économie, occupée à regarder ailleurs et à juger les autres pays, et la droite, guère plus audible en ce qui concerne l’emploi via l’artisanat en France, n’ont toujours pas sorti de vrais programmes - chiffrés, et crédibles - à moins d’un an des élections présidentielles. Il serait temps qu’ils s’y mettent. Et qu’ils (re)découvrent que l’artisanat, en France, est non seulement invisibilisé, non « pensé », mais qu'il devrait être davantage soutenu, et développé. En coiffure, les potentiels sont énormes, ne serait-ce qu'avec le développement du marché des cheveux bouclés à crépus (près de la moitié de la population, une proportion appelée à augmenter), de l'homme, du soin ou encore du hairspa...

Des chiffres accablants

Pour rappel (chiffres Insee 2024, et oui, rien à moins de 2 ans d’écart….) :
En France, 48% des personnes qui travaillent sont cadres ou professions intermédiaires, environ 43% des actifs sont employés ou ouvriers (dont près de 2/5 peu qualifiés), moins de 7% sont artisans, commerçants ou chefs d’entreprise, et 1,3% sont agriculteurs. Voilà voilà. (Re)valoriser les coiffeurs, et avec eux les artisans en général, qui par ailleurs peinent à recruter (!), c’est désormais une nécessité vitale pour eux, pour l’emploi et pour le pays.
 
 
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Après des décennies d’aveuglement, donc, on flirte désormais avec la faute politique, si personne ne se donne la peine de réfléchir. Alors, oui, en termes d’électorat, les artisans ne pèsent pas très lourd, comparés à d’autres catégories de population. Mais leurs emplois seront bientôt plus sûrs que bien d’autres. Alors, un petit tour chez le coiffeur pour découvrir la vraie vie ?...
05/05/26

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