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Déconfinement : coiffeurs, assumez votre valeur !

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Le « déconfinement » de la France au 11 mai ? Si l’on se base sur la déclaration du Premier ministre, mardi 28 avril, à l’Assemblée nationale, il est finalement loin d’être acquis. Et sera « territorialisé » : départements verts, départements rouges, en fonction de la circulation du virus, du taux d’occupation des services de réanimation et de la capacité à proposer des dépistages au niveau local. Autant le dire clairement : pour la région parisienne ou l’Est de la France, ce n’est pas gagné…

Mais ce n’est pas parce qu’on navigue à vue, et dans l’incertitude, qu’il ne faut pas se préparer à l’option positive, ou, disons, à l’option la moins négative possible. En effet, et sous réserves d’une reprise de l’épidémie - ce qui sera évalué le jeudi 7 mai -, les commerces, hors restaurants, bars et cafés, sont censés pouvoir rouvrir au 11 mai. Partons donc du principe que les coiffeurs pourront de nouveau exercer leur métier. S’ils le souhaitent. Car pour d’évidentes raisons de rentabilité économique, de peur, de doutes, certains professionnels se demandent si, même en y étant autorisés, ils rouvriront. Et bien sûr cette décision leur appartient.

Une Fiche Métier élaborée par l’Unec et le Cnec

Quant à ceux qui seront en mesure de proposer de nouveau leurs services, ils devront faire avec un certain nombre de contraintes inédites et de recommandations. Une Fiche Métier très précise a été élaborée pour la coiffure par l’Unec et le Cnec, en concertation avec les syndicats de salariés, le groupe de mutuelles Aésio, les Institutions de la Coiffure, et visée par un médecin.

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Elle a pour objectif de protéger la santé des salariés, patrons et consommateurs des entreprises de coiffure « tout en n’étant pas trop restrictive, sinon nous ne pourrons pas travailler dans de bonnes conditions, comme le précise Christophe Doré, président de l’Unec. Nous sommes d’accord là-dessus avec Franck Provost, le président du Cnec : nous avons cherché à concilier les impératifs de santé et la dimension économique, de façon réaliste. »

Au programme de cette Fiche Métier, qui n’a pas encore, à ce jour, été validée par les pouvoirs publics : la nécessité d’utiliser, bien sûr, des masques, du gel hydro-alcoolique et des lotions désinfectantes, des gants, mais aussi des visières (pour protéger davantage les coiffeurs nécessairement très proches de leurs clients) et des peignoirs à usage unique (qui peuvent être lavables) dans les salons de coiffure comme pour l’exercice de la coiffure à domicile.

Distanciation entre clients et nettoyage régulier

Une distanciation d’un mètre minimum entre deux clients - la distanciation classique préconisée au quotidien par les pouvoirs publics – mais évidemment pas entre un client et son coiffeur. Tous les magazines, tablettes, éléments de décor et autres éléments non indispensables devraient être écartés, pour limiter les risques de contamination et simplifier le nettoyage du salon. Un nettoyage évidemment hautement recommandé chaque jour.

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Concernant les gants, il ne serait pas forcément obligatoire de les porter tout le temps - hormis bien sûr pour les services techniques -, puisqu’il est avéré - et confirmé par le corps médical - que ceux-ci, ne pouvant être lavés, sont au final moins protecteurs que nécessaire, voire contre-productifs : porter au visage ou sur n’importe quel objet une main portant le même gant depuis des heures n’est pas sans risques…

Mieux vaut se laver les mains très régulièrement (et expliquer son choix à la clientèle, si nécessaire). Et, gants ou pas, éviter à tout prix de porter ses mains à la bouche, au nez, aux yeux. Pour une coupe de cheveux, mieux vaut garder les mains nues, pour des raisons de sécurité sanitaire comme d’efficacité technique : « Personnellement, je ne peux pas couper les cheveux avec des gants », reconnaît Christophe Doré.

Un impact sur la pratique du métier

D’une manière générale, il ne faudra pas sous-estimer le travail de communication auprès de la clientèle comme des salariés, et un affichage clair des mesures mises en place peut être une bonne solution. Et évidemment, l’exercice du métier sera impacté par ces différentes mesures : « On ne travaillera plus de la même façon, confirme Christophe Doré. Tous les services gravitant autour de l’accueil, au cœur de notre métier, vont disparaître ».

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Le(la) client(e) devra ainsi mettre ses vêtements au vestiaire, passer le peignoir lui(elle)-même, le professionnel ne lui serrera pas la main ni évidemment ne l’embrassera. « Il ne sera plus non plus question de stationner dans le salon, d’attendre ou d’accompagner quelqu’un », précise encore le président de l’Unec. Et, bien entendu, toutes les prestations se feront sur rendez-vous.

Des prises de rendez-vous obligatoires

Sous la pression de ses clients, qui on le sait sont dans les starting blocks, la société de prise de rendez-vous en ligne Planity a ainsi rouvert une partie de sa plateforme dès le week-end du 25/26 avril. 10% d’entre eux, soit 600 entreprises, majoritairement de coiffure, proposent déjà des rendez-vous en ligne pour anticiper cet éventuel déconfinement. « Attention à ne pas sous-estimer le temps de préparation et de nettoyage du salon », prévient cependant Jérémy Queroy, co-fondateur de Planity.

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A la fois parce que les prestations devront désormais se faire uniquement sur rendez-vous, et parce que les coiffeurs n’auront absolument pas le temps de décrocher leur téléphone, il note que « le rendez-vous en ligne, chez nous ou ailleurs, prend tout son sens aujourd’hui. Et, une fois que le client y a goûté, il ne reprend plus son téléphone… »

Des horaires d’ouverture élargis sur la base du volontariat

Sur la question importante de l’amplitude des horaires d’ouverture, que le secteur souhaite voir élargie pour donner la possibilité aux coiffeurs de répondre à un maximum de demandes, le logiciel Planity a intégré un système qui permet à ses clients de mettre en place des « horaires exceptionnels » sur une période donnée ou des jours précis.

L’Unec comme le Cnec préconisent que les coiffeurs puissent travailler plus tôt et plus tard le soir, « sans être ennuyés », et qu’ils aient la possibilité de travailler le dimanche, sur la base du volontariat. « Il faut que les salons puissent être ouverts le plus possible », confirme Christophe Doré.

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La question cruciale des tarifs

Enfin, derrière les questions de sécurité sanitaire et d’organisation se profile ce qui sera sans doute le principal enjeu de cette « reprise », pour les coiffeurs : la question de leurs tarifs. « Ce n’est pas le moment de se brader, affirme clairement Jérémy Queroy, pour Planity. Je le dis à nos clients : surtout pas de remises ! Nous allons ouvrir les réservations sur un créneau de 3 mois, ceux qui ont déjà remis en place le système de réservation ont 10 fois plus de rendez-vous, tous vont être complets très vite. »

La nécessité de facturer une augmentation des tarifs pour répercuter le coût des achats de produits, masques, visières, peignoirs, sous la forme d’un kit Covid 19, semble aussi évidente, même si elle est âprement débattue entre coiffeurs, qui ont toujours à cœur de ne pas trop « charger » leurs clients. Mais, dans les circonstances actuelles, leur légendaire empathie, tout comme, parfois, leur manque de rationalité dans la fixation de leurs prix et de leurs marges, peuvent s’avérer très dangereux et se retourner contre leurs entreprises, déjà fragilisées.

Le coût des mesures de sécurité sanitaire

Encore une fois, les clients pourront comprendre, si on le leur explique, qu’une entreprise à l’arrêt pendant au moins deux mois (et qui donc n’a plus eu de rentrées d’argent mais qui cependant a continué à avoir des dépenses – loyers, crédits, abonnements…), qui a dû en outre procéder à des investissements pour des raisons sanitaires, répercute un minimum ce coût sur les tarifs. Cela ne semble pas scandaleux, n’oublions pas qu’une bonne partie de vos clients travaillent eux-mêmes dans des entreprises.

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« Bien sûr, le kit de sécurité sanitaire a un coût, de même que le temps qui sera consacré à désinfecter le salon, les tablettes, les appareils à carte bleue, etc. Et le coût de la main d’œuvre est cher, en France, rappelle ainsi Christophe Doré. Ce sera à chacun de faire ses choix, mais les choses sont assez claires : ou le coiffeur va rogner sur sa marge, ou il fera payer ce coût au client. »

Or les marges, en coiffure, sont déjà assez faibles, on le sait. « Cela risque d’être une catastrophe pour eux, si les salons ne mettent pas en place une augmentation Covid d’au minimum 2 ou 3 euros par service », confirme Jérémy Queroy, qui précise que, parmi les clients de Planity, une augmentation moyenne se dessine, allant de 2 à 5 euros.

…et la nécessité d’augmenter plus qu’avant

« Un prix de marché va se dégager, par niveau de gamme. Il ne faudra pas braquer les consommateurs. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faudra augmenter les tarifs ! » Et de préconiser, par exemple, une taxe Covid de 2 euros parallèlement à une augmentation de tarif « normale » de 2 euros.

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« Pour un très grand nombre de coiffeurs, les augmentations de prix se font tous les 3 voire tous les 6 ans et ce, dans des proportions dérisoires », rappelle à ce propos Marc Thibault, coiffeur-barbier et formateur (Men Stories, Cyléa Formations, Académie Jean-Marie Contreras…), avec au compteur plus de 650 coiffeurs formés chaque année et plus de 5000 km parcourus par mois - avant le confinement ! Le problème est particulièrement aigu chez les coiffeurs barbiers, mais concerne globalement tout le secteur.

Les coiffeurs, attendus et… légitimes

Par ailleurs, on le sait, les coiffeurs sont particulièrement attendus. J’en ai déjà parlé, et tout le monde le constate : l’un des points positifs de cette crise, c’est que l’opinion a réalisé à quel point ils étaient, finalement… beaucoup plus nécessaires qu’on ne le pensait. Pas une interview de Christophe Doré sans que le journaliste ne blague sur la longueur des cheveux de son collègue en plateau, pas une seule réserve, au niveau des pouvoirs publics, concernant la nécessité de remettre la coiffure en état de marche au plus vite. 

Bref, c’est le moment ou jamais, pour les coiffeurs, d'être enfin conscients de leur valeur et d'en tirer les conséquences logiques, concrètes, sonnantes et trébuchantes : augmenter leurs prix, d'une part parce qu'ils auront des coûts supplémentaires et des pertes de chiffre d'affaires, et un évident rattrapage à faire, mais aussi tout simplement parce que leur travail a été tout d’un coup légitimé et valorisé. Tout simplement. On s’est rendu compte que, finalement, se couper ou se colorer les cheveux soi-même, c’était au mieux du bricolage, au pire une énorme prise de risque.

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Déconfinement et prise de conscience de la valeur des coiffeurs

Le déconfinement aura donc valeur de test, pour les coiffeurs, comme un baromètre de leur valeur. Oui, il faudra qu’ils augmentent leurs prix - intelligemment, en l’expliquant. Non, ce ne sera pas facile, parce qu’ils ne se l’autorisent pas, en général. Et aussi parce qu’ils ont du mal, souvent, à établir leurs marges réelles : il faudra peut-être qu’ils se fassent aider.

Oui, il y aura débat, entre ceux qui souhaitent minimiser la hausse et ceux qui pensent qu’il faut augmenter (beaucoup) plus : c’est l’éternelle question de « ce que fait mon voisin ». Sauf que maintenant, la fixation des (justes) prix des prestations va tout simplement devenir une question de survie, pour nombre d’entreprises de coiffure.

Donc assumez votre positionnement (emplacement, etc.), calculez bien vos marges, regardez en face la situation de votre entreprise (correcte, délicate, critique…) et tirez-en les conséquences, pour votre salon - qui n'est pas celui de votre voisin. Les clients ne râleront peut-être pas tant que vous le craignez. Surtout, ils seront contents de vous retrouver : toujours mieux que de se trouver face à un établissement qui a fait (ou va faire) faillite, non ?

29/04/20

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