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Clotilde Laisné : passion et intuition

Elle est encore toute jeune, Clotilde, on pourrait la prendre pour une étudiante… Mais elle n’a pas chômé. Et derrière ce petit minois frais et souriant se cache une réelle détermination, portée par une passion pour la coiffure née très tôt, mais qui a su attendre son heure.

Une passion à la fois précoce et multiple, car cette frêle jeune femme blonde coiffe « toutes les textures de cheveux », des fibres caucasiennes aux cheveux afro, en passant par tous les types de boucles. Un savoir-faire d’autodidacte développé en parallèle de sa scolarité « pro », ses copines noires et métisses lui ayant servi de modèles, ravies que quelqu’un s’intéresse enfin à leurs problèmes de coiffage…

C’est à 13 ans, en classe de 4ème, à Rennes, qu’elle demande à faire un stage dans le salon de coiffure d’une amie de sa mère, pendant les vacances d’été. Une petite semaine et, tout de suite, c’est le déclic : « J’adore ! ». En terminale, elle remet ça. Au lieu de faire le voyage scolaire prévu à Paris, elle repart trois jours en salon de coiffure.

Toujours un peu en avance…

Mais son goût pour les cheveux remonte en fait à sa petite enfance : « Ma grand-mère avait les cheveux longs, ma mère aussi : je les coiffais. Vers 7-8 ans, j’ai appris à tresser les cheveux toute seule, sur mes poupées. Dès la 3ème, je savais que je voulais être coiffeuse. Mais j’avais un an d’avance, j’étais trop jeune pour les contrats d’apprentissage. J’ai été obligée d’attendre. De toute façon, j’avais de super cours et plein d’amis au lycée, je voulais y rester jusqu’au bac ! »

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Une réalisation de Clotilde © D.R.

 

Clotilde a aussi la chance d’avoir des parents très ouverts d’esprit. Mère infirmière et père cadre technique chez Citroën (PSA), ils la soutiennent dans son choix et, si elle souhaite passer son bac « d’abord », ce n’est pas sous la pression de ses parents.

Passion, patience et maturité

Clotilde associe ainsi de façon surprenante passion et patience. Elle adore la coiffure, elle sent qu’elle est faite pour ça, mais pour autant elle ne souhaite pas perdre une miette de ce qui l’attend par ailleurs, dans le vaste monde, elle est à l’écoute de ses envies, sa passion ne l’enferme pas.  Et elle a raison… En classe de seconde, elle doit accueillir une correspondante du Pérou : nouveau déclic !

« Quasiment, même, une révélation », précise la jeune femme : elle adore les langues étrangères, qu’elle pratique depuis la 6ème sans entrain particulier. Mais le contact semble avoir tout changé. En 1ère, elle choisit donc de prendre l’option classe européenne, langue espagnole, ce qui implique de suivre tous les cours de son Bac pro gestion dans cette langue. Le résultat est brillant.

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Prix « Coup de cœur » au concours New Face, en 2016, avec cette création © Alpha Studio Photography

 

Elle enchaîne ensuite, enfin, sur la coiffure, dans une école privée où elle décide de passer son CAP en 2 ans, alors qu’après le bac il est possible de le faire en 1 an. Nouvelle preuve de maturité, elle n’opte pas pour la facilité : elle préfère faire le cursus classique, et tout miser sur la pratique - elle en a déjà plus que les autres élèves non bacheliers, car elle n’a pas à suivre les matières générales. Mais, en première année de BP, ça coince : « ça s’est mal passé dans le salon où je travaillais, l’inspection académique m’a aidée à en sortir… »

Pas du genre à se lamenter, à peine sortie de ce guêpier, elle réalise un shooting pour participer à un concours photo de la presse coiffure, New Face. Et décroche le prix « Coup de cœur », créé pour elle, car si sa collection a du potentiel, elle n’est pas complètement aboutie.

Ecouter ses envies et son intuition

Philosophe, elle résume ainsi cette première année de BP : « J’ai eu le mieux et le moins bien au cours de la même année… » Après son BP, elle ne travaille en salon que… 3 mois. « Pour dépanner. » Son envie du moment ? « Je voulais voyager, me faire plaisir. J’avais enchaîné tous mes examens, Bac, CAP, BP, permis de conduire. Je n’avais pas pris le temps de me récompenser. »

Elle file alors, avec un copain, à Miami, en Suisse et à Dubaï, au gré, là encore, de ses envies. Et en profite pour pratiquer son anglais. Une nouvelle fois, elle sait où elle va, mais elle ne se presse pas.

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Tournage du film de formation pour la collection Intermède printemps-été 2020 © D.R.

 

Son exceptionnelle maturité, sa confiance et son caractère intuitif font mouche : à chaque retour de voyage, préparant la suite, elle postule en effet auprès de salons de coiffure. Quatre patrons sont prêts à l’accueillir, elle a une offre ferme de CDI, après un essai chez l’un d’entre eux. Elle la refuse. Elle ne sait pas trop bien pourquoi, d’ailleurs, juste que ça ne colle pas. « On ne refuse pas un CDI ! », lui dit sa mère. Elle s’accroche pourtant à son intuition : « Je sentais que quelque chose d’autre m’attendait… »

Formatrice chez Provalliance

Moins de deux semaines après, lors d’un événement de Provalliance (marques Franck Provost, Saint Algue, Jean Louis David…), elle rencontre Sylver Boll, directeur technique et formation du groupe. Qui, lui aussi, fonctionne « au feeling » : il la remarque, lui fait faire un essai un mois plus tard… et l’embauche. Elle devient formatrice pour l’enseigne Intermède en technique, coupe, coiffage, attaches et coiffure homme. « J’ai beaucoup appris. »

Devenue en janvier dernier responsable de la formation Fabio Salsa, elle s’organise dès que possible des petits breaks avec un modèle, juste pour le plaisir de colorer, couper, coiffer... Et puis, à travers les partenariats du groupe, elle coiffe aussi lors de l’élection de Miss France (pour Saint Algue), du festival Séries Mania, à Lille (pour Franck Provost), lors de défilés ou sur des tournages de film. « Dans la coiffure, il faut rester au niveau, sur le plan de la pratique ! »

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Lors du festival Séries Mania 2019, elle coiffe la comédienne Claire Chust, de "Scènes de ménages", pour Franck Provost © D.R.

Une passion pour la coiffure afro

Son implication professionnelle ne l’empêche d’ailleurs pas de cultiver sa passion pour la coiffure afro, et peut même la servir. Pour la marque Niwel, elle ainsi pu coiffer Ophély Mézino, 1ère dauphine de Miss France 2019, lors de la préparation de son clip de présentation pour le concours de Miss World, en décembre dernier. Ophély a finalement été élue 1ère dauphine de Miss Monde 2019 et, le même jour, Miss World Europe 2019, le tout en arborant une crinière à la fois chic et naturelle !

Car si Clotilde aime faire de l’afro, maîtrise le lissage et les tresses, elle plébiscite le naturel, qu’elle met particulièrement en avant, comme lors de sa participation au dernier Style & Colour Trophy de L’Oréal Professionnel, en février dernier : un choix audacieux pour ce type de concours… (ils étaient deux candidats à avoir présenté un style nappy, le deuxième, Richard Pauliac, ayant remporté le prix School Talent).

« J’adore aussi les cheveux très courts pour les filles aux cheveux afro. Miss Afrique du Sud a remporté le concours de Miss Univers sans perruque, sans artifices, cette année: c’est l’acceptation du cheveu au naturel pour toutes les textures ! »

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Un visuel réalisé pour le concours New Face, en 2019 © François Magnosi

 

Si elle est curieuse ?... Tout son parcours le montre.  Sa scolarité variée, son goût pour les cheveux courts, mais aussi le très long, les boucles, l’afro, donc… « Je regarde tout ! Les tendances, les défilés… J’aime particulièrement, en ce moment, le retour aux années 90 et 2000 et les accessoires de cheveux - serre-têtes, barrettes, chouchous -, la fantaisie et la légèreté de ces années… »

Une déclaration faite bien avant l’arrivée du coronavirus en France, et qui prend une autre dimension aujourd’hui, alors que tout le pays est confiné, mobilisé derrière son personnel soignant, et que l’heure n’est plus exactement à la légèreté. Gageons qu'un jour prochain, les coiffeurs et les coiffeuses pourront de nouveau envisager de nous apporter un peu de légèreté et de joie de vivre, ce qu'ils font toujours très bien, nous en aurons cruellement besoin !

 

 

11/04/20

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